CLAUDE BITOUT
     

    Je te contemplerai, mon amour, dans les champs du soleil
    Comme naguère Tu m'habiteras, je serai ta femme ta soeur
    Ton égérie, ce peu de buée que tu souffleras
    Sur mes gerçures
    Je te contemplerai, mon amour, dans les champs du soleil . .

    Au milieu des lacs gelés des dessins d'enfant
    Sous le temps complice nous aurons nos étreintes :
    Une ruche immense dans le désert du matin
    Cet air qui tremble ce pays qui te signe
    Au milieu des lacs gelés des dessins d'enfant . .

    Parmi les abstractions pâles de l'Idée
    Et les réminiscences des blancheurs -
    Elles se perdent dans la conscience -
    Et d'étonnants futurs antérieurs
    Parmi les abstractions pâles de l'Idée . .

    Ce manège qui tourne lentement comme une roue de Tarot
    Où viendrait saigner l'Empereur des Oiseaux,
    Parmi les dunes blanches et les traces de la mer
    Ce manège qui tourne lentement . .

    Assez pour nous dire que le vent d'Automne
    Jamais n'effeuillera les frondaisons hautes
    Ni ce peu de forêts qu'ensemble nous habitons
    Tant la voix du temps est prégnante
    Assez pour nous dire que le vent d'Automne . .

    A suivi nos sillons et ces traces de neige
    Qu'ensemble aux immobiles jointures
    Souffle à nos corps en fusion
    L'appel gigantesque des marais,
    Et nos fondrières éclaboussées . .
    Si crues sous tant de Lumière. . .

    (poème publié dans la revue du Club des Poètes de Paris: "Vivre en Poésie"No30)


     
    La Rochelle : ce restaurant qui ouvrait tout juste dans les quartiers vieux, derrière la rue du Temple. On y mangeait Chilien ou peut-être Brésilien. Je ne sais plus, la mémoire a coupé les ponts. On y mangeait Français aussi. Pour pas cher. 
    C'est dans ce restaurant qu'avec A... j'ai dit adieu à La Ro- chelle. J'étais heureuse, libérée. 
    Mon poste n'était plus ici, pas encore là-bas: de ces suspensions dans la continuité qui font sauter les coordonnées de l'espace et du temps et nous rendent à ce peu d'éternité que nous mendions pour survivre. 
    A la sortie du restaurant, les trottoirs étaient luisants: il avait plu à verse : pluie bienfaisante qui balaie tout, même les souvenirs, tous les attachements, qui nous rend à la sacralité de l' enfance. C'est dans cette apesanteur que déjà, ce soir-là, j'avais quitté la ville: je venais de dépouiller en moi six années dont plus tard, comme toujours, j'aurais à faire l'Alchimie. De cette bonne boue qui nous colle aux talons, même quand on les a lavés. 
    Plus tard reviendraient les souvenirs, la nostalgie, les as- sociations de la mémoire: l'Oeuvre au Noir. . . 

    Plus tard encore, lointaine, l'Oeuvre au Blanc: celle qui transcende petites vies et petites morts...

    (poème dédié à Gert. Millaire,amoureuse de La Rochelle )
     
     
     
    Le temps rétrécit . Des avalanches de pommiers tombent sous la mer . J'écris hier quand déjà s'annoncent les menstrues silencieuses des hirondelles . Un liquide épais - du sang je crois - inonde les portières des voitures . Un ange se tient là . A la croisée des chemins . Comme pour ouvrir la porte d'un monde différent et cependant déjà connu . On dirait un agent de la paix occupé à faire la circulation . Moi je dessine . Quel moi ? Celui d'avant-hier sur le sable doux des soirs , quand père et mère pique-niquent au sommet des forêts , face aux lumières de la ville ? Celui d'hier , porte-documents sous le bras , très fière - elle vient d'entrer en sixième ! - escapades - pas nocturnes , non , hélas ! - escapades escapades ... 
    Celui de quand ? 
    Aujourd'hui plus d'essence . 
    Il y a des croix sous la bannière , de grands Christs de silence et de lenteur . Ils vous regardent incrédules quand vous pleurez , pas même la tête entre vos mains . De grands navigateurs solitaires vous sourient parce qu'ils savent . Des Christophe Colomb de l'intérieur . J'ai usé ma vie à de grands mâles souterrains qui se dérobaient quand j'avançais la main . Sournois et preignants. Redoutables . Je n'aimais que ceux-là . Je les dessine , patiemment , à la recherche d'une Image intérieure . Je sais . 
    Dis-moi que j'avais aimé ! J'ai ri l'autre jour devant la mer . Ri de moi , de la beauté , de l'illusion des hangars , dans cet Oléron vidé pour l'instant de ses touristes , mal fléché - Eh ! on tourne en rond ! - Attends , c'était la mer : on ne flèche pas la mer . On rit , comme j'avais fait le matin , avec ce petit compagnon qui riait aussi . Qui riait de bonheur . 
    Je suis rentrée . J'ai écouté les Nocturnes de Debussy . Et aussi La Mer . Je me suis dit ... Je me suis dit que sans doute je n'avais pas droit aux larmes ( qui ne vont même pas remplir la mer ... Si encore ! ) Il y a des avalanches de pommiers qui tombent sous l'océan , la percée douloureuse de l'été sous les printemps qui refusent de mourir. 
    Il y a moi . 
    Quel moi ? 

    (poème publié dans la revue belge "Inédit Nouveau")

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    SILVAINE  ARABO, de son nom civil Claude Bitout,  Française,
    professeur de Lettres, née en 1945 à Saint-Jean D'Angély (Charente-Maritime). 
    A publié 11 recueils de poèmes et un livre d'aphorismes, chez Guy Chambelland et au Club des Poètes (Jean-Pierre Rosnay).
    Publiée dans de nombreuses revues, dont "Traces", "Froissart", "Vivre en Poésie",
    "Les Saisons du Poème"(France), "Inédit Nouveau" (Belgique). 
    Doit faire paraître 3 recueils en 1997: l'un aux Editions de La Bartavelle (France), 
    l'autre au G.R.I.L. (Belgique), de même qu'un troisième au Club des Poètes (Paris). 

    Silvaine Arabo est également peintre et dessinatrice et a exposé à Paris et en province. 

    claude.bitout@wanadoo.fr
     

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