retour chez les amis
JOË FERAMI
par
JOË FERAMI33 ans le jour où j’écris,
travailleur de bibliothèque, drôle de métier, la chance d’avoir pu étudier, du droit jusqu’au dégoût.une vie de lecture pour sauver la vie, pas assez de vie pourtant, d’Antibes à Rouen, de Rouen à Cannes, Fréjus en passant, Lille un instant, La Seyne sur mer, Lyon le temps d’une école, et maintenant encore le Nord jusqu’à quand.
Du plus lointain, je suis sorti du ventre de la mère avec des fers dans la chair, dans mon landau je voyais des plafonds blanc, jaune, beige, et ce sentiment banal que la vie est étrange, plus grand me voilà en rêve décollant de mon corps jusqu’à toucher enfin les plafonds de mon enfance, depuis je souffre de vertige.
Sous un soleil très pâle, j’ai rencontré une blonde jeune femme, le souvenir de grands yeux verts, un enfant au nez moucheté de tâches de rousseur, et puis un jour d’autres êtres sont venus, nous aimons les vivants de cette terre, animaux, plantes et cette vie dégivrée dans les livres.
Il est une Méditerranée qui m’a bercé, du bleu, du tranchant de lumière, et l’été pour la première fois je vois une cigale dans les vignes de Toscane, la nuit venue dans une pièce reculée, dans une armoire fermée, sur une étagère trop haute pour un enfant, j’ai trouvé sur la mer un voyage, l’Odyssée entre deux jours flamboyants.
Il a fallu toutes ces nuits pour que je sois maudit par Poséïdon, j’ai craint la fureur du cyclope, la déesse Athéna a posé ses mains sur mes épaules, j’ai entendu le chant des sirènes, je suis descendu aux Enfers, j’ai vaincu le chien du schéol, j’ai été ballotté entre la mort et sa jumelle, j’ai vaincu la sorcière et tuer avec mon fils tous les prétendants.
D’autres tours de terre, j’ai rêvé que j’entrais dans une boutique où les livres s’empilaient, une lumière, des tables, des rayonnages, gorgés de livres de toute sorte, je ne sais plus si j’étais seul, je suis devant ce meuble, en bas trois larges tiroirs, un à peine ouvert, je ne résiste pas, je l’ouvre, il y a de vieux livres vert bronze.
C'est ainsi que je me suis rencontré dans un de ces livres étranges, mon nom en trois lettres avec un curieux tréma, j’étais un grec d’avant Platon, là où la réalité se perd dans les légendes, je retourne le livre mais la couverture s’écaille sous le geste, un curieux fond noir qui court, je me précipite à la caisse pour l’acheter, le sauver et puis...
Gert m’a demandé de me présenter, si jamais...
je bois un verre de porto, quelle importance, tant pis.*================ Merci Joë et à ta santé ==================*
Joë écrit aussi quelques poésies : À travers - Nuit Une - L'Or
et vous trouverez aussi dans point de vue: L'énigme Joë Bousquet
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avril 2000
Gert