''à un coeur à étages et à ma maison sur terre''
 
 

4.Suite bergamasque pour une lampe-tempête et ses rayons d'eau



 

Je sortais sur le porche
la lampe-tempête sous mon aisselle
la lune tremblait dans le ciel
appelée par la mer
ce n'étaient ni la terrasse 
ni l'eau noire en bas
qui avaient besoin d'être éclairées
mais moi

Je posais mon oreille sur le vent : 

"Franchement la vie
je ne dis pas qu'elle n'est pas bien dessinée
non
mais je n'aurais pas déposé toutes les couleurs
au même endroit
j'aurais laissé en l'homme
une envie de courir
pour retrouver celles qui manquent
c'est pourquoi je souffle ce soir
pour les éparpiller dans la mer"

Les rosiers tenaient bon
en arceau autour de mon corps 
je buvais dans des paumes pleines de pluie
sous les poings du vent
protégée par la lampe 
ma peau craquait 
comme un très jeune bateau
qui commence à marcher

J'écoutais encore le coquillage d'ouragan

"Je ne dis pas 
que le visage de la terre est raté
non
je lui aurais juste un peu plus écarquillé les yeux
et le trait est un peu trop épais
c'est pour ça que le jour ne se lève
qu'un peu à la fois toutes les vingt-quatre heures
mais peut-être s'il était plus fin
y aurait t-il trop d'amour d'un coup"

Puis je rentrais
avec ma lampe de lumière tiède
je soufflais doucement sur ses rayons d'eau
et contemplais ma maison dans le noir
elle fermait ses porches de paupières
en s'apprétait à se poser sur terre
pour dormir

6-03-2001

Steph Méliade
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                                                           Son site : Poèmes pour rêver debout
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photo Gert
mars 2001