PHILIPPE VALLET

à mère nue
j’ouvre les yeux
première fois totalité
cri et tes mains mère nue sont deux
et je vois pour la première fois deux le monde
deux ton cœur dans tes yeux deux venus à moi
tombé plongé mes yeux premiers sur ton ventre
entier venu pour moi seul écueil au monde
à mère nue
je, un tombe nu première fois
tombe une première fois, tombe encore, toujours
et je ne sais plus qui de tes mains de tes yeux
sont venus chercher mes yeux d’une
première fois, mes yeux sans images sinon
tes mains tes yeux ton ventre mes images
d’avant le temps du monde d’avant le temps
je n’étais pas seul
avant seul à mère nue
et j’ouvre les yeux
cris après la réalité
tes mains mère nue sont deux et moi coupé
 


à l’aube de la nuit

bien marquer le jour disparu
pensées entortillées
nautile des rêves
 

envies de corps posées
main à tenir haleine essentielle
d’une liberté que seule la nuit donne
 

s’offrir sans limite à l’absence
de l’appel
du désir de présence
cristallisation pensées
objet palpable aux mots écrits
tout revient et n’a de cesse de retourner
 

viens avec moi échanger les plaisirs du proche
le contre peau à peau de nos désirs
sens à sens des lèvres goûtant langue
mains caresses uniquement
 

même résurgence du don
totalité de l’être
toute rumeur tue
 

vient l’harmonique d’un cri au cœur mis
sang de nos souffles et «  tu ne veux pas de cesse »
le corps dessiné à coup de doigts
frissons livrés à nos embrasées
pensées




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les mots font leurs chemins
bien souvent derrière la haie
compagnons de l'ombre
ils posent leurs racines
sous la peau s'installent
puis viennent nous envahir


******

sur la chair malléable du temps
tient sur mes lèvres
l’il d’une elle, crue en dedans

à l’aiguille du pin monte son printemps
s’accroche l’écorce profonde
elle enracine la peau

je ne sais pas si je t’ai crue
je porte sur la main les parfums
d’une aile aux bruissements lointains
les fibres contraintes tisonnent les cendres éparpillées

C’est aux lisières des forêts que discutent les ombres
nos ombres en échos d’oasis clairs donnent aux déserts sources inconnues venues naître une fois, un instant
 
Sur la chair malléable du temps je suis cru
nue chair enlevée de toute peau
sang de l’air où nos mots chair de langue
s’écorchent aux silences
il ne reste rien de nos feux grégeois
seuls nos silex à mains nues frappent l’étincelle
aux braises avant
les flammes crues aux corps d’argile
le cru cuit
il d’une elle

tiens sur mes lèvres une coupe
lèvres chères crues en dedans
lapent l’eau d’un printemps
« ne me dites pas de mourir »
j’ai ma bouche à vivre maintenant

sur la chair malléable du temps
le monde à manger




Philippe Vallet habite les Vosges, petites montagnes rondouillardes de l’Est de La France

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février 2006
Gert