ISABELLE SERVANT
 
La nef 
Un jour j’ai dit que le désert
N’était plus sablé de silence
Et j’ai tracé à bout de voix
Des eaux d’écume traversant
Ce jardin brûlant d’herbes dures
Mes arbres bleus amoncelés 
C’était si calme de non être
C’était si loin j’étais si morte
Qu’il m’a fallu plus long de vent
Et plus amer de marécage
Pour que le son de tes pieds nus
S’enroule enfin jusqu’à ma porte 
Ils ont hurlé qu’on était fous 

Toi tu avais gagné le fond
Tranquille à crever sans relâche
Sur la banquise des non dits
A t’épuiser de cris d’amour
A vainement faire semblant
De détacher l’âme de toi 
Comme toujours tu vis de nuit
Comme jamais tu cherches l’aube
Tu n’es pas sûr d’y arriver
Dans le tourbillon des odeurs
J’ai mis ma peau contre ta peau
J’ai mis mon front contre ta vie 

Et je me dis qu’on était fous

Leurs visages 


Je ne sais pas
évidemment le mal existe
cette partie cassée
celle du bac à sable
et où la mort
la mort
évidemment
d'étranges étincelles
d'étranges balles nous traversent
des puits nous creusent de silence
évidemment 
Mais voir ce mal dans leurs visages 
je ne sais pas
j'ai du m'ouvrir sans bruit au monde
j'ai du changer
lier mon regard à mes mains
mes lèvres à mon ventre
et maintenant
pour garder un peu de chaleur
il faut longtemps me souvenir
d'une étoile
ou de bras électriques
et l'eau salée de tes bourrasques 

Isabelle Servant est  professeur de musique et  ses mots résonnent.

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