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Le groupe régional de défense des droits en santé mentale de l'Abitibi-Témiscamingue
Stratégie pour la santé mentale communautaire,
collective et territoriale.
L'expérience italienne
Lors d'un congrès organisé par l'AGIDD-SMQ et le RRASMQ les 24-25 octobre 1996, nous avions l'occasion d'accueillir le Dr. Massimo Marsili comme l'un des conférenciers invités. Ce dernier a été au cœur du mouvement italien de désinstitutionnalisation et de l'expérience de Trieste.
Nous vous transmettons certains de ses propos, qui sont de nature à enrichir considérablement notre réflexion sur la psychiatrie. Vous savez combien il est parfois embarrassant de réagir à l'endroit de l'impérialisme actuel de la psychiatrie sans se faire taxer d'activiste ou d'irresponsable. Des précurseurs venant d'autres régions nous parlent de leur expérience, voilà ce qu'on peut appeler : une bouffée d'air frais. Voici donc des extraits et une synthèse des propos du Dr. Marsili.
D'abord, l'assistance psychiatrique doit être vue dans une perspective de transformation de ses pratiques. L'hospitalisation psychiatrique témoigne de l'existence de lieux où dissimuler et oublier les échecs d'une psychiatrie souvent inconsciente de ses propres limites. Cette transformation exige un changement culturel radical au niveau du monde universitaire, où sont formés les psychiatres, qui semble être le dernier bastion de la résistance au changement, en Italie. Ce pays est fort de 25 ans de lutte contre l'asile d'aliénés, avec sa part de réussites, d'échecs et de remises en questions.
Dr Marsili identifie deux problèmes majeurs, qui ne peuvent pas être envisagés séparément :
- D'une part, l'asile existe parce que les techniques et autres formes d'aide ne se sont pas révélées appropriées.
- À leur tour, les structures autres que l'asile risquent de se maintenir telles quelles parce qu'elles peuvent attribuer leurs échecs à l'asile.
Il en résulte que chacun ne se sent pas tenu de se confronter avec son inefficacité propre, en pouvant, à la limite, attribuer ses échecs aux personnes "résistantes au traitement" ou à la chronicité.
"Aujourd'hui, nous savons que la stratégie intelligente consiste à affronter les deux problèmes simultanément".
De là l'importance d'un processus critique et conscient qui consiste à repenser la psychiatrie dans sa fonction sociale, son modus operandi, son savoir constitutif et son fondement épistémologique.
Parlant de l'expérience italienne, Dr Marsili énonce trois certitudes fondamentales qui ont guidé l'équipe de Trieste :
1- Le caractère central des besoins des usagers en tant que point de départ de tout "traitement" quel qu'il soit : critère unique pour l'efficacité des interventions, dans le respect le plus absolu du droit des citoyens.
2- L'antagonisme total à n'importe quelle forme de réclusion dans des établissements psychiatriques : la plus grande expression d'inefficacité et d'atteinte aux droits des citoyens.
3- L'exigence de se maintenir dans des limites de compatibilité économique de manière à ce que ce type d'expérience puisse être reproduit dans toutes les autres administrations.
"Je crois qu'en fin de compte, le sens de l'expérience de Trieste et de l'utopie dont parlait Franco Basagilo consiste en la possibilité de "montrer" que dans le concret de la pratique quotidienne, il est possible de réaliser un réseau de services totalement alternatif et antagoniste à toutes les formes d'hospitalisation psychiatrique..."
Actuellement, la province de Trieste est desservie par un seul département de santé mentale (DSM) : La province compte environ 260,000 habitants et couvre un territoire de 212 km2 . Le DSM dispose d'un réseau de services repartis entre 4 zones en lesquelles est divisé le territoire de la province ... Le service psychiatrique de diagnostic et de soins hospitaliers (SPDC) fonctionne comme poste de secours psychiatrique et de filtre à la demande, comme service de garde hospitalier pour donner des avis à d'autres départements et comme petit département (8 lits) pour des mises en observation temporaire ou pour des cas exceptionnels.
De plus, un réseau d'associations reliées entre elles et travaillant en parallèle avec les services (associations de familles, de volontariat et de self- help, associations culturelles... etc) remplissent une fonction de stimulants et de soutien, soit dans le domaine de la défense des droits de l'usager soit dans la promotion d'initiatives en faveur de ces derniers.
Actuellement, le personnel en service au DSM comprend 25 médecins, 185 infirmiers, 10 assistants sociaux (travailleurs sociaux), 8 psychologues et 2 sociologues. Environ 2700 patients sont pris en charge au cours d'une année. Il n'existe aucune structure privée d'hospitalisation psychiatrique dans la province de Trieste ni dans la région Frioul-Vénétie Julienne toute entière.
Extraits de la conférence donnée par :
Dr Massimo Marsili lors du colloque l'I/D dans un virage fou, le 25 octobre 1996, à Laval