Le groupe régional de défense des droits en santé mentale de l'Abitibi-Témiscamingue

Rapport d'activités
1998-99
 Rouyn-Noranda, le  18 juin 1999 Retour à la page d'accueil

1. Présentation *

2. Mandat de l'organisme et clientèle *

3. Mission *

4. Points marquants pour 1998-1999 *

4.1 Protection et défense des droits *

4.2 Action collective systémique *

4.3 Les services intégrés en santé mentale *

4.4 La loi 39, loi sur la protection des personnes dont l'état mental
présente un danger pour elle-même ou pour autrui*

4.5 Publicité et représentation *

4.6 Les ressources communautaires *

4.7 Internet *

4.8 Formation du personnel *

4.9 Vie associative *

5. Conclusion *
 
 

1. Présentation
Le RAIDDAT a connu une année caractérisée par l'efficacité, la gestion prudente ainsi qu'une progression dans l'impact de notre travail au niveau systémique. Voici un rapport d'activités qui illustre les principales actions de l'organisme pour l'année commençant le 1er avril 1998. Mais d'abord, voici un rappel du mandat et de la mission du RAIDDAT.

2. Mandat de l'organisme et clientèle
 Certaines personnes sont aux prises de façon temporaire ou permanente avec des problèmes qui affectent leur capacité à faire valoir leurs droits et les rendent également plus susceptibles d'être lésées. Le manque d'information et la difficulté d'accès aux recours font que l'exercice de leurs droits peut leur paraître extrêmement ardu, voire impossible.

Le mandat d'aide et d'accompagnement qui est confié au RAIDDAT par le Ministère de la santé et des services sociaux vise à informer et à soutenir la personne dans ses démarches. C'est un mécanisme qui assure l'accès aux recours existants. Il comporte cinq volets.

L'aide consiste à informer, préparer et entraîner la personne pour qu'elle puisse accomplir elle-même les démarches requises par la situation.
L'accompagnement consiste à être présent avec la personne et l'assister dans toute démarche visant l'expression d'une requête ou l'utilisation d'un recours.

L'intervention pro-active consiste à intervenir, de manière exceptionnelle, à la place de la personne lorsque celle-ci ne dispose pas des moyens nécessaires pour solliciter une aide.

L'action collective, c'est l'intervention faite au bénéfice d'un groupe de personnes ou d'individus isolés dont les problèmes sont de même nature.

L'action systémique questionne le milieu d'intervention dans ses façons de faire en mettant en cause le bien-fondé ou l'application d'un règlement ou d'une politique ou encore l'organisation des services d'une région.

La démarche d'aide et d'accompagnement doit assurer que l'ensemble des citoyens et citoyennes bénéficient d'un même respect et d'un accès égal aux recours.
 

3. Mission
 Le RAIDDAT s'est donné comme mission de promouvoir le respect et la protection des droits dans tous les secteurs où la personne vulnérable peut être affectée. Cette mission doit rallier les membres, le personnel et les collaborateurs du RAIDDAT pour que l'organisme soit porteur d'un message clair : toute personne doit être traitée avec équité, respect et considération, peu importe sa situation, son rang social ou son état psychologique.

4. Points marquants pour 1998-1999
 Durant la dernière année, nous avons dû composer avec une hausse des demandes d'aide, combinée avec une baisse des budgets disponibles. On a fait preuve de beaucoup de prudence dans notre administration. Ça n'a pas empêché l'organisme de consolider son rôle auprès des instances locales et régionales. Toutefois, on a dû mettre des priorités en fonction des limites très serrées posée par une subvention qui n'a pas augmenté depuis 1995 et des fonds de réserves qui étaient épuisées en début d'année.

4.1 Protection et défense des droits
 L'équipe du RAIDDAT a assuré une disponibilité de réponse toute l'année, sans fermeture ni interruption. Le plus gros de notre travail de défense des droits se fait au téléphone et en conférence téléphonique. Nous offrons ainsi aux gens un accès direct à des réponses concrètes et à des références immédiates lorsque c'est possible. Qu'il s'agisse d'assistance juridique, de ressources d'aide, de plaintes à formuler ou de questions plus techniques, nous avons de plus en plus de facilité à brancher la personne avec une ressource pouvant lui offrir une réponse concrète et immédiate. De plus, le travail en conférence permet à la personne de faire elle-même ses propres démarches, à partir de chez elle ou de nos bureaux, en bénéficiant de toute l'assistance nécessaire si elle bloque sur une question. De cette façon, nous nous assurons aussi que les gens acquièrent les habilités pour poursuivre par eux-mêmes leurs démarches de défense des droits.
 Dans certains cas, nous avons à faire un travail plus intensif avec la personne, soit prendre son témoignage, puis l'aider à prendre un recours, à rédiger une plainte, une lettre d'appel, une mise en demeure ou toute autre revendication. Quelquefois, les gens ont déjà des notes ou des brouillons, souvent nous partons de la déclaration verbale. On propose alors un choix de stratégies en informant la personne des possibilités et des délais prévus par la loi. Encore cette année, nous avons aidé plus de 60 personnes dans différentes procédures de la sorte.
 Concrètement, nous avons formulé, avec des usagers-ères de services, des plaintes dans des centres hospitaliers, à la Régie régionale, à différents ordres professionnels, (médecins, psychologues, infirmières/infirmiers, déontologie policière). Nous nous sommes adressés au Commissaire à l'accès à l'information, au Tribunal administratif du Québec, à la Commission québécoise d'examen des troubles mentaux.
 Nous avons assisté dans des cas touchant les expertises en assurance, la Régie des rentes du Québec, la Commission des droits de la personne, la Curatelle publique. La très grande variété de situations rencontrées ne nous permet pas de dégager des tendances pour la région. En ordre décroissant, nos appels proviennent des secteurs de Rouyn-Noranda, de La Sarre, de Val d'Or, d'Amos et du Témiscamingue.

4.2 Action collective systémique
 Nous avons toujours comme objectif d'accentuer notre présence dans les centres hospitaliers et des démarches ont été faites en ce sens auprès des responsables des unités de psychiatrie de La Sarre et de Malartic. À Rouyn-Noranda, nous avons des rencontres périodiques avec la direction de l'unité de psychiatrie ainsi qu'une présence auprès des usagers-ères dans l'unité à toutes les deux semaines. Ça nous permet d'être connus et accessibles des personnes concernées et de travailler plus concrètement à la recherche de solutions lorsque des pratiques ou des politiques vont à l'encontre du respect des droits des personnes. Nous souhaitons étendre cette pratique à l'ensemble des unités de psychiatrie de la région.
 Nous avons également été appelés à intervenir auprès d'un médecin en cabinet privé, pour un problème généralisé d'accès à ses dossiers. On est également intervenu dans une ressource privée d'hébergement concernant des conditions de vie et de salubrité.
 Un des défis auxquels nous faisons face en action collective et systémique c'est, d'un côté, d'assumer notre responsabilité de dénoncer des pratiques abusives et de l'autre, de respecter la volonté des usagers-ères qui ne veulent pas qu'on intervienne de peur qu'ils aient à souffrir de représailles. Généralement, les personnes craignent que leurs situations ne deviennent pires encore et le simple fait que l'on puisse savoir qu'ils ont fait appel au groupe de défense des droits est de nature à les inquiéter. Mission difficile.

4.3 Les services intégrés en santé mentale
 En 1996, lorsque la Régie régionale alla en consultation avec son plan de réseau intégré, le RAIDDAT a été le seul organisme à s'opposer à la notion de services intégrés. Son point de vue n'a été ni entendu ni débattu. Tout en assumant le fait de participer à l'édification d'un réseau intégré incluant un accueil centralisé et un seul couloir de services, nous continuons de faire valoir la nécessité de réaliser des formations, sensibilisations, forums, colloques et autres activités pour mettre de l'avant des approches plus respectueuses des personnes. Depuis l'adoption des orientations régionales, des tables sectorielles de planification ont été instituées dans chacune des MRC. Les leaders de ces tables, joints aux leaders régionaux et aux représentants des groupes régionaux, forment la Table régionale de planification des services en santé mentale. Cette année, après de nombreuses pressions et démarche, le RAIDDAT a obtenu de participer aux travaux de ces Tables, à l'exception de Amos et de Val d'Or, où persistent encore des problèmes.
 

 Nous avons résolu de participer de manière active et constructive aux travaux de ces Tables, avec pour but de valoriser le respect et la protection des droits dans l'ensemble du réseau intégré. Nous voulons également nous assurer que les approches et les pratiques feront partie des préoccupations de l'ensemble du réseau. Dans cet esprit, nous priorisons l'intégration et la participation d'utilisateurs de services au sein de ces travaux, même à l'échelle régionale.
 Le libre choix à des approches et à des ressources diversifiées continue à être la position du RAIDDAT. Sur les structures appelées à dispenser les services, nous croyons qu'il appartient à des usagers-ères et à leurs représentants de donner leur avis et leur évaluation. Nous devons par contre nous assurer qu'ils sont l'objet de véritables consultations.

4.4 La loi 39, loi sur la protection des personnes dont l'état mental présente  un danger pour elle-même ou pour autrui.
 La loi 39 est la loi qui précise les conditions dans lesquelles on peut détenir en garde à l'hôpital une personne, contre sa volonté. Des changements importants sont apportés par cette nouvelle loi, théoriquement en application depuis juin 1998. Nous avons réalisé, conjointement avec les représentants du C.H. Malartic et la Sûreté du Québec, une tournée d'information dans l'ensemble de la région. En tout, plus de trois cent (300) personnes ont été rencontrées. Le but était de s'entendre sur une compréhension commune de la loi et de susciter dans chacune des MRC des concertations efficaces entre policiers et intervenants pour une mise en application respectueuse de la loi. Malheureusement, malgré de nombreux efforts, souvent disparates, nous craignons que cette loi et les droits des personnes ne puissent être respectées avant le milieu de l'an 2000. Les résistances tant régionales que locales à l'établissement de services de crise contreviennent à la loi 39, dans sa lettre comme dans son esprit. Il s'agit de tout mettre en œuvre pour offrir à la personne des mesures pouvant prévenir ou éviter des hospitalisations forcées. Le RAIDDAT, par la mission qui est confirmée par le MSSS dans ses dépliants, doit continuer à jouer un rôle de premier plan dans l'aide et l'accompagnement des personnes qui font l'objet d'une intervention policière ou qui sont gardés à l'hôpital contre leur gré en vertu de la loi 39. Toutefois un grand nombre de personnes concernées ne connaissent pas notre organisme et n'en sont pas informées adéquatement.

4.5 Publicité et représentation
 À cause d'importantes restrictions budgétaires les dépenses et activités de représentations ont été réduites dramatiquement au cours de la dernière année. Quand, en mars 1999, nous avons eu l'assurance de fonds suffisants, on est allé de l'avant avec la réalisation de notre nouveau logo et la fabrication de matériel de promotion. Nous vous invitons à diffuser nos affiches et dépliants. Nous comptons ajouter d'autres moyens pour faire connaître l'existence de l'organisme ainsi que le numéro sans frais, dans l'ensemble de la région.

4.6 Les ressources communautaires
 Cette année, nous avons rencontré des usagers-ères de La Giboulée d'Amos à plusieurs reprises pour des rencontres d'échanges et d'information portant sur des thèmes spécifiques. Nous avons également été à l'Entretoise et au Trait d'Union pour parler de la loi 39. Des activités avec les autres groupes communautaires permettent à l'ensemble des usagers de ces ressources de mieux nous connaître. Des liens de collaboration restent à établir ou à consolider. S'il arrivait qu'avec la transformation du réseau, un rôle plus grand soit donné aux organismes communautaires en santé mentale, l'importance de l'action du RAIDDAT dans ces milieux serait encore plus évidente et des protocoles de collaboration devraient être négociés, comme c'est actuellement le cas en interne de psychiatrie. Le RAIDDAT a maintenant fait la preuve que la protection et la défense des droits se font par une approche constructive de recherche de solution, tout en restant rigoureux sur la nécessité du respect intégral des droits fondamentaux. Beaucoup de travail reste à faire dans ces milieux et la prochaine année devrait être déterminante à cet égard.

4.7 Internet
 Nous avons présenté un projet pour embaucher une personne supplémentaire nous permettant de développer cet outil pour le rendre plus complet, plus intéressant et plus accessible à la population, en y incluant le plus d'éléments possibles de notre documentation et des outils de recherches. Le projet n'ayant pas été accepté, nous entendons revenir à la charge à l'automne.

4.8 Formation du personnel
 Les activités provinciales et les rencontres intergroupes contribuent à la formation du personnel. Notre équipe se tient en contact avec le réseau provincial en suivant à distance ses principaux dossiers. De plus, en novembre 1998, le coordonnateur a été invité à représenter l'AGIDD-SMQ au congrès annuel de NARPA, qui regroupait à Albany, New York, plus de trois cent personnes, usagers-ères et autres personnes engagées dans la défense des droits en santé mentale. À cette occasion, la groupe Support Coalition International offrait aussi une journée d'ateliers. Ce sont des occasions exceptionnelles de solidarité et de conscientisation. Il est à souhaiter que nous puissions répéter cette expérience. Nous avons aussi des liens de solidarité avec des ressources ontariennes de défense des droits. Dans ce même esprit, nous préparons notre participation au colloque international sur la contention et l'isolement, prévu à Valleyfield les 11-12 novembre 1999, où notre coordonnateur a été invité à faire une présentation d'atelier.
 Ces opportunités de formation et de perfectionnement du personnel sont accessibles aux usagers-ères désireux d'approfondir leurs connaissances et de s'impliquer activement dans la protection et la défense des droits. Nous souhaitons disposer des fonds suffisants pour permettre la participation du plus grand nombre possible. Pour nous, un congrès est toujours une occasion de permettre à des usagers-ères une occasion de contacts, de perfectionnement et d'ouverture sur le monde.

4.9 Vie associative
 La vie associative au RAIDDAT, ce peut être des occasions de formation, de mobilisation ou d'organisation d'événements spéciaux. Ainsi, en mai 1998, des membres ont organisé la venue de M. Luc Vignault en région, pour témoigner de son "Aller-retour au pays de la Folie", et parler aux gens de médication et de sevrage. Des usagers-ères ont organisé un témoignage à Rouyn-Noranda, lors de la formation "La personne au cœur de nos préoccupations". Beaucoup de travail informel de sensibilisation s'est fait, mais il est encore difficile de s'affirmer comme militant d'un groupe de défense des droits. Il nous faut trouver le moyen de lever les obstacles à l'engagement des usagers-ères dans l'action militante.

5. Conclusion
 Voilà notre bilan de la dernière année, alimenté d'observations et de réflexions. L'année qui débute s'annonce beaucoup plus intense en actions et en besoins exprimés. Plus que jamais, nous devons regarder du côté de l'entraide et de l'action militante, pour que les personnes concernées puissent composer une force collective de support au respect et à la protection des droits. Avec des budgets très limités nous tenterons encore cette année, d'adapter nos méthodes d'intervention pour faire en sorte que l'accomplissement de la mission de l'organisme continue de progresser. Cependant, il est plus nécessaire que jamais de faire appel aux autorités responsables pour faire valoir la nécessité d'un financement adéquat permettant au RAIDDAT d'étendre tous les volets de son mandat à l'ensemble de la région.
 

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Jean-Luc Pinard, coordonateur
 
 
 

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