LA SEXUALITÉ CHEZ L'ENFANT ET L'ADOLESCENT


À QUEL AGE UN ENFANT COMMENCE-T-IL À RÉAGIR SEXUELLEMENT ?

Des appareils à ultrasons ont permis de constater des manifestations sexuelles pendant la période intra utérine. À la naissance, il n'est pas rare d'observer la pré- sence de lubrification vaginale chez la fille et d'érection du pénis chez le garçon.
Un bébé peut avoir une réaction similaire à l'orgasme durant l'allaitement; il semble alors excité, plus mobile, son visage rosit et il se calme ensuite d'un coup, comme pour un repos.

Les enfants sont très sensibles au toucher, ils aiment les caresses, les contacts, la chaleur humaine, la tendresse: c'est le début d'une longue découverte sexuelle. Avant leur premier anniversaire de naissance, il leur arrive de se tortiller, se frotter contre leur berceau et d'en éprouver du plaisir. Vers l'âge de 3 ans, ils deviennent très curieux en ce qui a trait aux parties génitales. Ils sont conscients de leur anatomie et cher- chent à voir leurs parents nus, question de vérifier s'ils sont faits comme papa ou comme maman, selon le cas. C'est à partir de cette différenciation des sexes qu'ils compléteront leur propre identité sexuelle.

QUELLE ATTITUDE LES PARENTS DOIVENT-ILS ADOPTER DEVANT L'ÉVEIL SEXUEL DE LEUR ENFANT ?

Il faut d'abord savoir que les parents ont une influence immédiate sur l'éveil sexuel de leurs enfants. Selon leurs propres valeurs, ils enverront des messages très clairs aux enfants. On appelle cet apprentissage, la sexualisation de l'enfant. Par exemple, la mère qui baigne son petit garçon: celui-ci a une érection et elle réagit négativement en le savonnant avec rudesse, en le ridiculisant ou en le réprimandant. Dès que l'enfant perçoit que cette réaction n'est pas acceptable et capte un message négatif, il apprend que sa mère n'aime pas qu'il ait une érection. La sexualisation de l'enfant, c'est aussi lui attribuer un rôle stéréotypé dès l'aube de sa vie: chambre rose pour la fille, chambre bleue pour le garçon. La petite fille est encouragée à être douce, belle et gentille. Le petit garçon est encouragé, lui, à être fort, à bien se défendre, à faire des prouesses. Ces valeurs inculquées à l'enfant se refléteront plus tard dans sa vie soci- ale mais aussi dans sa vie intime.

Certains enfants ont des comportements sexuels qui mettent les parents mal à l'aise; par exemple, les enfants garçons ou filles qui pratiquent la masturbation devant des visiteurs. Il faudra leur expliquer qu'il est tout à fait normal d'explorer son corps et d'en éprouver du plaisir mais que cette facette de leur vie est privée.

Sans les condamner il faut leur apprendre à se conformer à des normes sociales. Plusieurs adultes ont reçu une éducation qui rend ce genre de situation difficile à accepter; il est préférable de ne pas confondre leurs valeurs reçues avec des faits scientifiques: dire à son enfant qu'il est dangereux de se masturber simplement pour qu'il cesse, parce qu'on est incapable de l'accepter, est une erreur à éviter. Les parents doivent donc se demander pourquoi tel ou tel comportement sexuel des enfants leur déplaît.

Comme la sexualité est un processus naturel, il faut en parler librement avec les enfants en employant toujours les vrais mots: un pénis n'est pas un zizi, etc. Il faut informer l'enfant en évitant de le culpabiliser.

L'ÉDUCATION SEXUELLE SE FAIT-ELLE D'ABORD À LA MAISON?

Oui, le processus de sexualisation de l'enfant est la première éducation sexuelle reçu: cette éducation venant des parents peut se transmettre sous une forme non verbale. Par exemple : des parents que ne s'embrassent jamais donnent un exemple à leur enfant. Il en est de même pour ceux qui font des remarques négatives par rapport aux gestes affectueux entre des adultes ou des enfants. Tout message, même silencieux, est capté par l'enfant. Alors, il vaut bien mieux qu'ils soient positifs.


Lorsque les parents parlent avec l'enfant, ils devraient lui donner l'information la plus claire et la plus honnête possible. Il ne faut pas avoir peur de trop en dire : l'en- fant va capter ce qu'il peut selon son âge. Donc, parler sans détout de sexualité avec son enfant est la meilleure attitude à adopter, si on est à l'aise pour le faire. Et, il ne faut pas oublier que, l'attitude des parents face à la sexualité de leurs enfants est en fait le reflet de leur propre vie sexuelle.

L'exemple des parents est important : s'ils font l'amour, les enfants s'en rendent bien compte, il ne faut pas se leurrer là-dessus. Il est simple d'expliquer à l'enfant que : oui, le père et la mère font l'amour, qu'ils s'aiment, se caressent, s'embrassent. Par contre, dans notre société, les relations sexuelles se font en privé. Cela fait partie de la vie intime des parents. Les explications doivent être adaptées en fonction de l'âge de l'enfant.

À 3 ans, un enfant peut penser que son père fait du mal à sa mère. Il faut donc lui expliquer clairement qu'il s'agit de caresses et non d'agression.

À 8 ou 10 ans, I'enfant fait l'indifférent ou va rire de ces situations.

À l'adolescence, le garçon ou la fille est souvent mal à l'aise devant la sexualité des parents qui vient nourrir ses fantasmes et rêves érotiques.

Voici quelques petits conseils aux parents:
- Faire comprendre à l'enfant que les parents ont eux aussi une vie sexuelle;


- ne pas se cacher des enfants pour s'embrasser: que ce soit naturel;


- ne pas confondre ses valeurs avec des faits scientifiques connus;


- respecter les enfants, leur vie privée et ne pas rire d'eux lorsqu'ils ont un comportement sexuel. Ne pas les traumatiser avec des menaces de maladie grave, de débilité ou de folie quand ils commencent à découvrir leur corps;


- discuter de sexualité avec eux à la moindre occasion. Sans les bombarder d'informations, suivre leur rythme;


- éviter de faire de la sexualité une particularité du genre: ce soir je t'explique les choses de la vie... Il est peut-être trop tard pour en parler parce que l'enfant a déjà appris par votre silence;


Il est également important de les sensibiliser aux phénomènes des abus sexuels et de se montrer disponible pour en discuter, répondre à leurs questions et faire de la prévention.


LES ENFANTS SONT-ILS AUSSI INFLUENCÉS À L'EXTÉRIEUR DE LA MAISON ?

Oui, par les amis, les voisins, l'école, la télevision, etc. S'ils se sentent libres d'en parler à la maison, ils se confieront aux parents. Dans tous les cas, on répond le mieux possible à son enfant. Si on ne connaît pas certaines réponses, on doit simplement dire à l'enfant qu'on en reparlera lorsqu'on se sera renseigné, ou encore, on lui retourne la question pour savoir ce qu'il en pense.

Les enfants sont aujourd'hui en contact avec la pornographie: télévision, revues, films, etc. Pourquoi les laisser vivre cette expérience seuls ? On peut utiliser un film érotique ou une émission de télévision pour informer l'enfant et bien lui expliquer ce qu'il comprendra mal s'il est seul, entre autres, l'aspect violent et artificiel de certaines séquences.

Sachez que si vous ne faites pas l'éducation sexuelle de votre enfant, c'est le voisin ou un autre qui le fera parce qu'un enfant est naturellement curieux.

EST-CE QUE L'ADOLESCENCE EST UNE ÉTAPE IMPORTANTE DANS LA VIE SEXUELLE DES JEUNES ?

Oui, c'est alors une période de changements sur les plans physique, psychologique et sexologique. Vers 9-10 ans, c'est la préadolescence: le corps de la fille va subir des changements; apparition des seins, de poils au pubis et aux aisselles, hanches qui arrondissent et finalement les menstruations qui arrivent en moyenne vers 12-13 ans. Les premières menstruations doivent être expliquées et traitées positivement: on peut même les fêter en offrant à la jeune fille une fleur... sans oublier de l'informer de sa capacité de procréer, en évitant la phrase fatidique maintenant fais attention aux garçons !

Chez les garçons, l'adolescence arrive plus tard (12 1/2 ans à 16 ans), poils, corps qui change, éjaculation durant le sommeil, voix qui mue, c'est la période des premières masturbations avec éjaculation et l'apprentissage des relations intimes avec les filles.

L'intérêt sexuel pour des partenaires de sexe opposé et dans certains cas de même sexe prend graduellement de l'ampleur avant de déboucher éventuellement sur le premier coup de foudre.

LES ADOLESCENTS FONT-ILS L'AMOUR PAR DÉSIR OU PAR CONFORMITÉ AVEC LEUR GROUPE D'AMIS ?

Beaucoup de jeunes ont des relations sexuelles pour ne pas avoir l'air arriéré. Mais il y a aussi l'attirance sexuelle. À cet âge les jeunes se touchent, s'embrassent, se caressent beaucoup.

Vers 18 ans, un garçon est au stade le plus intense de ses activités sexuelles en ce qui a trait au nombre d'orgasmes obtenus à partir des caresses, des rêves érotiques, des colts et de la masturbation. Mais avant tout, c'est la relation sexuelle avec une partenaire qui le préoccupe. Il s'agit là d'une sorte de rite de passage à l'âge adulte qu'il faut expérimenter le plus vite possible. L'influence culturelle amène les filles à exprimer leur sexualité de manière un peu différente. Elles vont d'abord tomber amoureuses, ce qui leur permettra de se donner la permission de vivre leur sexualité. En ce qui a trait à la masturbation, même si de nos jours les adolescentes se sentent moins coupables quand elles s'autostimulent, malgré tout, elles vont attendre la fin de la vingtaine pour s'y adonner pleinement.

QUELS SONT LES AVANTAGES ET LES INCONVÉNIENTS DES RELATIONS SEXUELLES PRÉCOCES ?

Les relations sexuelles précoces (c'est-à-dire avant le mariage ou l'union de fait), souvent précédées par les expériences d'autostimulation peuvent constituer un apprentissage favorable si elles sont vécues dans de bonnes conditions. Les statistiques tant américaines que canadiennes sont là pour nous le rappeler. Plus du tiers des jeunes de 13 à 19 ans ont déjà eu une relation sexuelle impliquant la pénétration du pénis dans le vagin. L'âge moyen du début de ces relations se situe autour de 15 ans. Chez la clientèle qui consulte en sexologie à l'âge adulte, ces expériences précoces sont rarement perçues comme des gestes regrettables. Dans certains cas, ces relations offrent même un avantage, dans le sens qu'elles ont favorisé l'apprentissage par le biais d'essais-erreurs.
Les désavantages existent aussi: à l'adolescence on manque souvent de maturité et on joue avec les émotions; on peut se faire blesser émotivement, être exploitée, avoir des grossesses non désirées, ou se trouver père du jour au lendemain sans avoir les moyens d'assumer ses responsabilités. Il y a également les MTS qui font des ravages dans ce groupe d'âge.

SI ON INFORME LES JEUNES SUR LA SEXUALITÉ ET LES PROTECTIONS À PRENDRE, VONT-ILS FAIRE L'AMOUR PLUS VITE?

Non, il est faux de croire cela. Il faut en discuter avec eux, les conseiller. Par exemple, sur le fait qu'il n'y a pas d'urgence à avoir une relation pénis-vagin. On peut encourager la relation humaine, le toucher, les massages, les caresses. Les parents peuvent favoriser tout cela et encourager les jeunes à préparer leurs premières rela- tions sexuelles: éviter l'association sexe, drogue et alcool, s'assurer qu'il y a une bonne protection et puis, les laisser à leur vie privée.

Il y a des informations à leur donner sur les MTS, les risques de grossesse involontaire et la responsabilité qui en découle pour le garçon comme pour la fille.

Les parents ont un message à lancer aux adolescents: la sexualité est un plaisir de la vie qui vaut plus que la simple relation génitale: c'est un plaisir qu'on prépare dans le respect de l'autre, un des plus grands plaisirs de l'être humain. Le sexe peut être un moyen d'expression de plaisir charnel, de communion, d'épanouissement, d'échange privilégié entre deux êtres qui s'aiment. Un apprentissage positif de l'expression sexuelle fera grandir la relation et consolidera l'harmonie de leur vie de couple future.

Si un garçon ou une fille est responsable, bien informé et aussi engagé sur le plan émotif, pourquoi n'aurait-il pas de relations sexuelles ? De toute manière, il faut savoir que l'interdiction parentale n'a jamais été un moyen très efficace pour préserver la chasteté des apprentis amoureux.