Petit timbre sur Bourrasque
Canada's stamps about the Group of Seven in english

Date de création : 5 octobre 1998
Dernière mise à jour : 5 août 2004


Dans les bureaux d'une petite agence de publicité de Toronto, au début du siècle, l'identité et l'art canadiens s'engagèrent dans une voie nouvelle. L'agence Grip Ltd. engageait des artistes pour illustrer des annonces de savon et de médicaments brevetés. Parmi ses employés se trouvaient un concepteur, J. E. H. MacDonald et un jeune artiste du nom de Tom Thomson, qui n'avait nullement l'intention de faire carrière en publicité. Ces deux artistes désiraient peindre le Canada comme jamais personne ne l'avait fait auparavant.

Bientôt MacDonald et Thomson se joignirent à d'autres artistes commerciaux qui partageaient leur enthousiasme : Frank Johnston et deux immigrants anglais, Arthur Lismer et Fred Varley, ainsi que Franklin Carmichael originaire d'Orillia, en Ontario. Revenu d'Europe où il avait étudié les beaux-arts, Lawren Harris joignit à son tour les rangs du groupe; un huitième membre, le Montréalais A.Y. Jackson en fit de même peu après.

Les huit artistes cherchaient à créer un nouveau style pictural canadien, «mû par des émotions fortes, né de notre propre paysage.» C'était là une quête bien romantique, alimentée par l'esprit inlassable de Tom Thomson. Ce dernier amena le groupe dans les espaces vierges du bouclier laurentien, où les artistes firent des esquisses et peignirent en pleine nature. Les huit hommes s'inspiraient et se critiquaient mutuellement. «C'était une perpétuelle flambée d'enthousiasme, se souvient Lawren Harris. Nous étions tantôt très sérieux et préoccupés, tantôt hilares et insouciants. Par-dessus tout, nous aimions ce pays et nous aimions l'explorer et le peindre.»

La Première Guerre mondiale interrompit leur production. Varley se rendit en Europe à titre de peintre de guerre. En 1917, Tom Thomson mourut dans un mystérieux accident de canot dans le parc Algonquin. Véritable idole des autres peintres du groupe, il avait été leur source d'inspiration. «Il était notre guide, notre interprète», explique A.Y. Jackson. Pour les amateurs d'art canadien, la mort prématurée de Thomson fit de lui une figure quasi mythique, l'archétype du jeune artiste impétueux "englouti" par la nature qu'il aimait plus que tout.

Les autres artistes poursuivirent leur oeuvre et se rendirent dans le nord de la baie Georgienne et au lac Supérieur en 1919. Les membres du groupe, qui travaillaient ensemble depuis des années, organisèrent leur première exposition collective en 1920, se présentant pour la première fois sous le nom de «Groupe des sept».

La réaction fut immédiate et négative. On qualifia leurs toiles de rudimentaires et de barbares. On dit même qu'elles étaient l' oeuvre d'ivrognes et de fous. Pour les Torontois, habitués à un style imitant la peinture européenne à la mode, les paysages du Groupe des sept évoquaient «de la bouillie pour les chats». Toutefois, quand les critiques britanniques firent l'éloge de la vision distinctement canadienne du Groupe, le public canadien commença à voir leur travail d'un oeil plus sympathique.

Le Canada émergeait de la Première Guerre mondiale avec un nouveau sentiment de fierté et de conscience nationale. Les toiles du Groupe des sept vinrent nourrir cette fierté, et les membres du Groupe devinrent rapidement les peintres les plus influents au pays.

Tous les membres du Groupe ne partageaient toutefois pas la même philosophie de l'art ni le même style. Quand Frank (appelé plus tard Franz) Johnston quitta le Groupe en 1924, les six autres invitèrent A.J. Casson à se joindre à eux. Puis, lorsque J. E. H. MacDonald, le «père» du Groupe, mourut en 1931, l'artiste montréalais Edwin Holgate et le peintre de Winnipeg LeMoine Fitzgerald se joignirent au Groupe et y introduisirent des styles et des sujets différents.

L'expérimentation effrénée des premières années avait fait son temps. Après une dernière exposition collective en 1931, le Groupe des sept s'agrandit pour devenir le Groupe de peintres canadiens, une société d'artistes comptant notamment des grands peintres féminins.

On peut dire que le Groupe des sept a donné naissance à un art national. Nombre de ses toiles sont devenues de véritables emblèmes du Canada. Si, avec du recul, leur art ne semble plus aussi révolutionnaire qu'il a pu le paraître à l'époque, comme l'a déjà dit Lawren Harris : «Notre travail a libéré les artistes aux quatre coins du pays, leur permettant de voir et de peindre le paysage canadien à leur manière.»


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