LEÏLA ZHOUR
  F U N A M B U L E

Marcher sur les toits
Vertige entre les cheminées rousses des cimes
Fumerolles attachantes de la ville-volcan
Et gris, ce gris des toits, ce gris des murs
Ardoise, béton, graviers
Précontrainte mordante dans les contradictions urbaines

Sur les toits marcher
Vertige
Abîme du mur dans sa verticalité saisissante
Au sol, une fleur lointaine
Trémière fanée sur sa tige impuissante
Nudité fade des platanes tristes
Disgrâce par temps de pluie
La ville qui fane

Plein jour de brume sale
Le soleil perce de jaune des voiles d'eau grise
Ivresse en perce à travers mes yeux clos
Et, perdue de solitude sur les toits trop plats
Guetteur parabolique du Messie des cités
Sentinelle nostalgique à l'orée de tous les ciels
Mes mots et mes chimères débusquent un chat furtif
Tigre des poutrelles au regard vieilli de rouille

Funambule sans sa badine
Sur le fil des âmes étirées en mèches folles
Presqu'une déchirure
Je passe de toit en toit, de toi en moi, de moi en toi
Facile...
Un pas encore, un pas plus loin, tout près
Et le vide fascinant
Gouffre scintillant de la ville
Gisement à ciel offert d'oublis irridescents
Et passer, toujours, ce pont de cordes frêles
Passer sur la brèche d'où sourd une nuit pâle
Passer le temps, ce manque

Les toits ! Marcher dans l'ivresse grise
Toits  enchassés, tous, dans l'épouvante d'un désir qui me hante
Toits hérissés sur la trame d'un plaisir aux relents de péril
Toits harcelés de fumées crépusculaires
Ce tulle sanglant et sombre sur ma conscience nimbée de froid

Marcher si haut !
Marcher si seule !
Et ma main rassurée peut-être, légère sur la fourrure tiède
Marcher, équilibriste du Rien
Ephémère silhouette sur le parapet décousu des mirages citadins

Leila Zhour.

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son poème: Ma ville aux dimensions d'âme         
            Port solitude

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1er décembre 1999
mise à jour juin2001

Gertrude Millaire