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1588: LArmada Espagnole ("L'Invincible Armada")Invincible, lArmada Espagnole? Pas tout à fait. Et bien quen Dieu il eut une confiance absolue, Philippe II a tout de même conservé un petit doute qui fit en sorte quil na jamais nommé sa puissante flotte de guerre de la sorte. Cette qualification prétentieuse origine dune campagne de propagande orchestrée par lord Burgley, après la tentative dinvasion espagnole, dans le but se moquer et de discréditer ces derniers. Alors, afin de rendre justice à lhistoire et ne point tomber dans le révisionnisme historique que souhaitait peut-être Burgley, nous utiliserons lappellation " Armada espagnole " plutôt que " Invincible Armada " au cours de ce résumé des événements. LOrigine du conflit Comme on le sait, la Renaissance fut marquée par la Réforme et, conséquemment, par de nombreux conflits religieux. Ce fut aussi lépoque des " grandes découvertes " et lEurope prenait conscience de lexistence des Amériques : les Espagnols se livraient au pillage des immenses ressources naturelles de leurs conquêtes outre atlantique; en 1534, Jacques Cartier pénétrait dans le golfe du St-Laurent et, plus tard, Francis Drake devenait le premier navigateur Anglais à faire le tour du monde.
LAvènement dÉlisabeth I En 1558, Élisabeth Tudor devient reine dAngleterre. Elle succède, non sans controverse, à sa demi-sur Marie, épouse de Philippe II, issue du premier mariage dHenri VIII avec Catherine dAragon. Élisabeth, fille dAnne Boylen et fruit du deuxième mariage dHenri, est protestante. Pour les catholiques anglais et ceux du continent, elle est bâtarde et hérétique. Marie Stuart, la malchanceuse et déchue reine dÉcosse, prisonnière dÉlisabeth, est considérée par les catholiques comme lhéritière légitime du trône. Plusieurs conspirations visant à déposer Élisabeth pour la remplacer par Marie sont mises à jour par la police secrète de Sir Francis Walsingham, compromettant sans équivoque la reine dÉcosse. Son exécution en 1587 sera un des éléments qui vont décider Philippe II à mettre en branle " Lentreprise " Cependant, il ne faudrait pas conclure que seule la religion fut en cause dans cette histoire. Depuis plusieurs années, le développement de la puissance maritime Anglaise se heurte de front avec les intérêts espagnols. Dans les Flandres, où Philippe II a maille à partir avec les révoltes incessantes des Hollandais, Élisabeth alloue du support aux insurgés. Sur lAtlantique, les navires de la reine et ceux de corsaires Anglais comme Drake, attaquent les galions espagnols chargés de trésors en provenance de lAmérique. En 1586, Drake attaque Cadix et détruit une partie de la flotte espagnole avant dêtre repoussé par le futur commandant de lArmada, le duc de Médina Sidonia.
Cest sur cette toile de fond que va se dessiner la tragédie humaine de ce quil convient dappeler la plus grande opération militaire amphibie de lépoque moderne. LArmada Espagnole LArmada Espagnole, cest un formidable rassemblement de navires. Au total 130 vaisseaux la compose. Elle transporte une force militaire imposante : près de 30,000 hommes dont 19,000 soldats; 300 chevaux et mules; léquipement nécessaire pour assiéger des villes; un hôpital de campagne; etc. Son objectif est dopérer un débarquement en Angleterre et de marcher sur Londres, afin de forcer Élisabeth à des compromis sur la liberté de culte pour les catholiques et pour que cesse son intervention dans les pays bas. Cette force doit se joindre à celle du Duc de Parme, située dans les Flandres et composée denviron 18,000 hommes aguerris. Une fois la jonction effectuée, lArmada devra escorter les barges de Parme pour la traversée de la manche, pour finalement débarquer dans le Kent. LArmada est sous le commandement du duc de Médina Sidonia. Ce dernier nest pas un marin, mais plutôt un homme de larmée de terre. Il a participé à lannexion du Portugal en 1580 et sest retrouvé en charge de lArmada suite au décès de lamiral de la mer océane, Santa Cruz. Ce commandement, arrivé à limproviste, ne le réjouissait guère. Cependant, suite aux pressions de Philippe II, il du accepter cette " nomination ".
La flotte Anglaise Pour faire face à cette menace, le Royaume dAngleterre disposait dune flotte composée des navires de la Reine et de navires marchands fournis par des officiers de la marine royale, par la ville de Londres ou par de simples volontaires, pour un total de 197 navires et 15, 835 hommes. Durant le règne dHenry VIII, ce dernier sétait assuré que la marine anglaise serait en mesure daffronter une invasion, particulièrement après que Clément VII ait émis une bulle dexcommunication pour cause de divorce avec Catherine dAragon. Comme Henri avait un faible pour les canons, il sen procura suffisamment, comme le mentionne un de ses contemporains, pour " conquérir lenfer ". Ironiquement, Philippe II lui-même contribua à renforcer la défense anglaise. En effet, durant la courte période où il fut " roi consort " parce que marié avec la reine Marie Tudor, il adressa au conseil privé lavertissement suivant : " la défense de lAngleterre repose sur une marine qui doit être préparée en tout temps à repousser une invasion. Les navires ne doivent pas seulement être prêt à prendre la mer, mais disponibles en tout temps ". Trois navires de 500 tonneaux et plus furent immédiatement mis en chantier. Ils servirent en 1588 contre les forces de celui qui fut à lorigine de leur construction!
LArmada vogue vers Calais Les flottes Anglaise et Espagnole saffrontèrent quatre fois avant que lArmada mouille finalement dans le port de Calais. Ces batailles ne furent pas vraiment déterminantes quant à lissue du conflit sur le plan des pertes, mais forcèrent les Espagnols à continuer vers Calais et les Flandres. Cependant, au cours du premier engagement, qui ne fut quun premier contact sans grande conséquence, du moins en apparence, les Anglais capturèrent un des navires de la flotte espagnole, le Rosario. Cet événement, à première vue anodin, fournit pourtant des informations cruciales sur le fonctionnement du commandement des forces de Philippe II, notamment au sujet de lartillerie et de son mode dutilisation.
La bataille décisive Au terme de cette première étape, lArmada mouilla dans le port de Calais. Au cours de la nuit, les Anglais attaquèrent les Espagnols avec des barques bourrées dexplosifs et de matières incendiaires, quils firent dériver à travers les navires ennemis. Cette manuvre sema la terreur et une indescriptible pagaille. Afin déchapper aux flammes, des capitaines ordonnèrent de couper les amarres les reliant aux ancres. La flotte espagnole se dispersa dans la nuit. Au matin, le duc de Médina Sidonia semploya à regrouper ses navires. Cest alors que débuta lengagement final avec les anglais. Pendant des heures, la canonnade fit rage. En aucun temps, les Espagnols ne purent se mettre en position favorable à un abordage qui les aurait avantagés. Ils essuyèrent le feu de lennemi sans pouvoir y répondre adéquatement. Ainsi, beaucoup de navires furent lourdement endommagés. Puis, un vent du sud se mit à souffler, poussant les navires de lArmada vers le nord. Étant dans limpossibilité de regrouper ses navires et sans nouvelle des préparatifs du duc de Parme et de ses barges de débarquement, Médina Sidonia se résigna à retourner en Espagne par la seule route possible vue les circonstances et les vents : contourner lÉcosse et lIrlande et faire voile vers lEspagne. Malheureusement, la mer ne fut point clémente et beaucoup de navires séchouèrent sur les côtes dIrlande. Ses équipages furent pour la plupart massacrés par les insulaires. Seulement une poignée dentre eux revirent les rivages dEspagne.
Les causes de léchec de lArmada Lartillerie LArmada était, comme nous lavons vu plus haut, une flotte destinée à transporter des troupes de débarquement et à escorter les barges du duc de Parme. En ce qui attrait aux batailles navales, la stratégie consistait pour les espagnols, à sapprocher le plus possible de lennemie, de procéder à labordage et vaincre par la supériorité numérique et militaire de ses combattants. Les Anglais ne leur ont jamais laissé cette occasion. Ils sont toujours restés à une distance suffisante pour éviter dêtre abordé, mais assez près pour infliger de sérieux dégâts avec leurs canons. Et cest précisément sur ce point que se situe une des faiblesses fondamentales de lArmada : son incapacité à mener un combat dartillerie véritablement efficace. Les Anglais avaient découvert, lors de la capture du Rosario, que les canons espagnols ne pouvaient êtres rechargés rapidement et sans danger. Les canonniers devaient opérer par lextérieur du navire. Il était impossible pour eux de haler les canons hors du sabord, de les recharger et denvoyer une autre salve, comme cétait le cas chez les anglais. Toute la conception de lartillerie espagnole reposait sur un seul tir, suivi de labordage. Ainsi ne pouvaient-ils pas se défendre adéquatement contre le déluge de boulets infligé par la flotte anglaise. Incidemment, ses canonniers nétaient pas non plus formés pour cette tâche. Après lunique salve, ils devaient abandonner leur poste et se lancer dans la bataille avec les autres soldats.
La hiérarchie Le commandement espagnol était fortement hiérarchisé. Chacun avait son rôle et il nétait pas question pour un officier de toucher à des cordages ou à quoi que ce soit découlant de la tâche dun subalterne. Chez les Anglais, les règles étaient beaucoup plus souples. En effet, il nétait pas rare de voir un officier supérieur avec les mains couvertes déraflures résultant de laide apportée à léquipage dans une situation périeuse. Au cur de la bataille, ce type de solidarité sest avéré positif pour le moral des marins.
Les communications et limprécision des modalités de jonction avec les troupes du duc de Parme Pendant toute la durée des préparatifs de lexpédition, de même quau cours des opérations, le duc de Médina Sidonia a demeuré hanté par le caractère flou de lorganisation quant à la jonction de lArmada avec les troupes du duc de Parme. Il avait fait part de ses craintes à Philippe II et demandé des éclaircissements qui ne sont jamais venus. Même si dans les faits, lArmada na pu effectuer la manuvre de jonction à cause de la marine Anglaise et des vents défavorables, la coordination des deux forces était quelque chose dextrêmement difficile à réaliser. Il est bon dajouter que la région était patrouillée régulièrement par les Hollandais dont les navires nauraient certes pas manqué loccasion de rendre la vie difficile aux Espagnols.
Conclusion Dans les semaines qui suivirent la disparition de lArmada dans les brumes de la mer du nord, les commandants de la marine Anglaise demeurèrent profondément inquiets. Ils anticipaient un retour des navires espagnols ce qui, sans aucun doute, aurait été catastrophique. En effet, suite à la canonnade de la dernière bataille, les munitions du royaume étaient épuisées. Plus de poudre, ou presque. Or la défense anglaise était basée sur la puissance de la marine et de son artillerie. Sans puissance de feu, les navires auraient été facilement abordés et capturés par des troupes numériquement supérieures et aguerries. Heureusement pour les Anglais, la flotte de Philippe II ne fit jamais demi-tour. Dans les Flandres, le duc de Parme était fin prêt à laction. Ses troupes, sans avoir le pied marin, étaient sur le pied de guerre, attendant le signal de lembarquement qui, évidemment ne vint jamais. Cependant, si ces fameuses troupes avaient pu traverser la manche, lAngleterre naurait pas été en mesure dopposer de véritable résistance. En effet, dans le Kent, de même que sur tout le territoire se situant entre Londres et la côte, les défenses étaient fort mal organisées et nettement insuffisantes. Les troupes aguerries de larmée des Flandres et celles transportées par lArmada auraient facilement eu raison de ces faibles milices mal équipées. Le cours de lHistoire en eut été changé.
Jacques Mercier |