La tite droite qui pue!

L’entichement populaire pour le jeune Mario Dumont laisse songeur. Le fait que la plupart des gens le trouvant sympathique ne se soient pas donné la peine de prendre connaissance de son programme est d’autant plus préoccupant. Beaucoup se réjouissent pourtant de sa soudaine popularité, la qualifiant de « bouffée d’air frais ». Personnellement, j’estime qu’à part son haleine, le président de l’ADQ n’a pas grand-chose à voir avec la fraîcheur et si Claude Charron le voit de la sorte, c’est qu’il a dû lire les nouvelles en ouvrant son réfrigérateur (fringale inopinée, on ne sait jamais !).

Ceci dit, nous vivons décidément une triste époque. La qualité de nos chefs d’état semble inversement proportionnelle à la croissance du néolibéralisme. Depuis que l’ère du conservatisme tout azimut a été inauguré en occident par l’élection de Margaret Thatcher en 1979, suivie immédiatement par celle de Ronald Reagan en 1980, un vent de médiocrité sans pareil souffle sur nos assemblées législatives. La venue de Mario Dumont ne fait pas exception à cette fâcheuse tendance. En effet, l’idée que le marché soit devenu l’alpha et l’oméga de la destinée humaine, semble évacuer du même coup toute idée novatrice, toute tentative d’en arriver à un quelconque projet de société. Le néolibéralisme, comme tous les dogmes, refermerait en lui-même l’ensemble des vérités. Alors, à quoi bon réfléchir au mieux être de la société puisque le marché possède déjà toutes les réponses ! C’est vraisemblablement ce qui a habité les personnages qui ont fait leur chemin vers le pouvoir au cours des 20 dernières années. Et Mario Dumont n’est qu’une suite dans ce pénible parcours, la continuité de l’enfoncement dans la mare fétide de la pensée unique. Certains éditorialistes estiment pour leur part que l’ADQ n’est pas prêt pour le pouvoir car il lui manquerait une solide équipe, faite de gens chevronnés et expérimentés capables d’occuper des fonctions ministérielles. Eh bien, j’en doute. Si Dumont avait dans son programme quelques velléités suggérant la construction, l’élaboration de projets stimulants et porteurs d’avenir, cela nécessiterait d’emblée une équipe compétente. Sauf que l’ADQ n’entend pas construire quoi que ce soit. Suivant le continuum étroit de la « pensée néolibérale », Dumont s’inscrit radicalement pour le démantèlement de ce qui nous reste d’État et projette de privatiser massivement. Et, pour ce faire, nul besoin de talent ni d’équipe. Seulement de gros bras qui feront fi de l’opposition populaire qui ne manquera pas de se manifester.

Il ne faudrait surtout pas voir, dans cette position, l’expression d’un esprit partisan. Comme beaucoup de mes compatriotes, je ne suis entiché d’aucun parti politique. D’ailleurs la popularité de l’ADQ s’explique justement par ce vide, cette absence d’alternative qui a malheureusement l’effet de pousser le vote vers cette droite brunâtre et opportuniste. Je m’exprime ici à titre de citoyen. Cette citoyenneté mise à mal, littéralement euthanasié dans cet univers politique unidimensionnel où le pouvoir d’achat s’affiche désormais comme ultime sceau identitaire. Un appui au parti du « jeune et frais » Mario Dumont ne fera qu’exacerber cette tendance.

Pour terminer, je crois que l’on mérite mieux que ça. Que l’avenir se situe davantage dans la convivialité que dans l’individualisme totalitaire. Que l’avenir a besoin d’esprits créateurs plutôt que d’étroitesse passant commodément pour de la nouveauté.


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